Passer sa retraite en Valais? Il faut s'y préparer
Les chiffres ne mentent pas. Le pouvoir d’attraction du canton du Valais ne cesse de se confirmer, année après année. Deux éléments statistiques appuient un tel constat : l’évolution démographique du Valais et la hausse des prix des logements en propriété.
Au 31décembre 2023, le canton dénombrait près de 366'000 habitants, soit une croissance de la population de 2,4%, le taux plus élevé du pays : bien au-delà de la moyenne nationale suisse qui s’établit à 1,7%. Le profil de ces nouveaux résidents ? Des étudiants, de la main-d’œuvre qualifiée et… des retraités provenant des autres cantons, romands notamment. Aujourd’hui, les plus de 65 ans représentent le 20,6% de la population valaisanne. Selon les projections, ils pourraient approcher les 30% en 2050.
Autre marqueur, le marché de l’immobilier valaisan est demeuré extrêmement dynamique l’an dernier. Plusieurs facteurs économiques y ont contribué, entraînant une augmentation marquée des prix des maisons individuelles et des appartements en PPE (propriété par étages), de respectivement 3,4% et 6,1%. En résumé, l’offre se raréfie et la demande ne faiblit pas.
Habitants
336'000
Population
+2,4%
Seniors
20,6%
Un lien affectif
Que viennent chercher en Valais les retraités ou futurs retraités romands ? Du soleil et une certaine qualité de vie. Voire une fiscalité avantageuse. Mais autant tordre le cou tout de suite à cette vérité qui n’en est plus vraiment une. Si des bénéfices financiers peuvent exister (voir plus bas), ils ne sont pas la priorité des nouveaux résidents. « Si un déménagement en Suisse obéit à un projet d’optimisation fiscale, le client choisira plutôt la Suisse centrale, explique Jacques Dayer, Responsable de la Planification patrimoniale et financière à la BCVS. Souvent, il existe un lien fort avec le canton. Le client y a passé des vacances, y possède une résidence secondaire. » Le Covid, il y a quelques années, a pu accélérer le mouvement, agissant comme un appel d’air.
Et pour en finir avec certains clichés, allons-y ! Passer sa retraite en Valais ne constitue pas l’apanage des seuls riches. La banque le constate lorsqu’elle conseille, de manière générale, les clients pour la planification de la retraite. Car il faut évidemment s’y préparer. Et si vous désirez changer de domicile à cette période de la vie, il est nécessaire de demeurer attentif à certains éléments particuliers.

Si un déménagement en Suisse obéit à un projet d’optimisation fiscale, le client choisira plutôt la Suisse centrale. Souvent, il existe un lien fort avec le cant
Un vrai changement de vie
Premièrement, et c’est probablement le point le plus important, la domiciliation dans un autre canton n’est pas un artifice fiscal, mais un réel changement de vie. Elle doit correspondre à une réalité effective et durable. Selon la Jurisprudence, le domicile fiscal est le lieu où se trouve le centre d’intérêt du ou des contribuables, déterminé selon des circonstances objectives et extérieures. Il s’agit ici du logement, de ses amis, de ses activités. « En tant que conseiller, on insiste beaucoup sur ce point, on interroge sur les raisons d’un déménagement. Le fisc est en droit de vérifier ce point. »
Par exemple, une personne qui possède une villa dans le canton de Genève et occupe en même temps un petit bien qu’il possède en Valais, pourrait être interrogé par son canton d’origine s’il prétend avoir son domicile fiscal en Valais tout en conservant le droit d’habiter sa villa.
On interroge sur les raisons d’un déménagement. Le fisc est en droit de vérifier ce point.
Attention à vos avoirs de prévoyance
Deuxièmement, se pencher sur ses avoirs de prévoyance, deuxième pilier et pilier 3a, permet de s’éviter de mauvaises surprises au moment de la retraite. En effet, les prestations de prévoyance sont généralement imposées au lieu de domicile fiscal du preneur de prévoyance au moment où il perçoit la prestation ou acquiert sur celle-ci un droit ferme et certain. Dans ce domaine, l’imposition n’est pas égale entre tous les cantons et varie selon les montants.
Prenons l’exemple d’une personne de 64 ans, retraitée, habitant le canton de Genève, et qui désire s’installer à Crans-Montana. Elle détient un pilier 3a à hauteur de 500'000 francs, qu’elle devra encaisser au maximum à 65 ans. Un tel capital, s’il est encaissé à Genève, est imposé à 7,12% (soit 35'593 francs). En Valais, le taux d’imposition s’élève à 8,86% (44'308 francs). Dans ce cas précis, il est avantageux d’encaisser ce pilier 3a avant de prendre domicile en Valais.
Dans un autre cas de figure, pour un capital de 2e pilier qui serait encaissé en lien avec la cessation de l’activité lucrative, il sera parfois nécessaire de déplacer son domicile fiscal avant la cessation de l’activité lucrative et ceci nous renvoie à la notion du déplacement du centre des intérêts explicitée précédemment.
A l’image de la prévoyance, la fiscalité ne s’exerce pas de la même manière d’une région à l’autre.
Préparer votre succession
Troisièmement, il vaut enfin la peine de se préoccuper de sa succession. A l’image de la prévoyance, la fiscalité ne s’exerce pas de la même manière d’une région à l’autre. Généralement, à l’exception de l’immobilier détenu en direct, l’impôt sur les successions et donations qui prévaut est celui du domicile fiscal du défunt. Aujourd’hui, les conjoints ne sont plus taxés sur les successions, quel que soit le canton. Cependant, de grandes différences existent pour les concubins. Ainsi sur la région vaudoise, cet impôt peut grimper jusqu’à 50%, alors qu’en Valais, depuis le 1er janvier 2025, les concubins - éprouvés depuis plus de 5 ans ou ayant un enfant en commun - ne sont plus imposés sur les successions ou donations.
Le mandat pour cause d’inaptitude
C’est un document relativement simple à remplir et qui peut être fort utile. Le mandat pour cause d’inaptitude existe en Suisse depuis le 1er janvier 2013, mais peu de citoyens en font encore usage. Le mandant qui le rédige peut charger une personne physique ou morale de lui fournir une assistance personnelle, de gérer son patrimoine ou de la représenter dans des rapports juridiques avec des tiers pour le cas où il deviendrait incapable de discernement.
Il ne s’agit pas ici de directives anticipées. Le document renforce le droit à l’autodétermination et réduit ainsi l’intervention étatique (curatelle par exemple). Il n’est pas nécessaire de le valider devant notaire, mais il est recommandé de l’inscrire à l’office de l’état civil de votre commune.
Le mandant doit être attentif au mandataire qu’il nomme. Notamment dans le cas d’un déménagement au moment de la retraite. L’éloignement ne favorisant pas l’aide directe, il est ainsi possible, par exemple, de désigner plusieurs personnes en leur attribuant des tâches distinctes, l’une pour l’assistance personnelle, la seconde pour la gestion du patrimoine.